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From second to... last

Publié le par Helene Bourdon

From second to... last

English Version

After about a week of sailing, we leave the current full of iceberg from Labrador / Greenland. We no longer cross the Gulf Stream but the temperature rises a bit and the wave's height decreases. As explained in a previous article, there are three ways in order to earn points for this race. And we won our first halfway point by being second. Only the first and the second win midterm points. We were proud of our performance. Our constant focus and our total commitment finally paid of. To support the intense concentration and physical effort I adopted a strategy. We only have 4 hours or 6 hours max between each watch for refreshing, dressing, sleeping, eating and relaxing. I maximizes initially my sleeping time. As soon as I was finished eating, I was rushing to my bunk trying to sleep. I was the only one to do so. Fatigue helping, nerves gradually breaking, I gradually lose the ease to fall asleep. Quickly I start to hear them when they go to bed laughing and chating a lot close to my bunk. It annoys me. I wonder why they do not remain in the square to talk.

Then after a few watches, I realize I made a tactical error. Theses kind of moments where you can discuss and exchange freely are rare. These are our precious times as a crew. And finally, since I joined I did not participate! On deck they don't exchange between each others, but at bedtime, they release tension and laugh about everything and nothing. It does not last long but they probably release the accumulated pressure. From my sleeping side, I am the only one not "round the Worlder". I guess it's a kind of ritual they have developed during this year going around the world. And without knowing it, I was excluded myself from that tradition.

From second to... last

After the passage of this virtual halfway portal, we will be facing a passage between an anticyclone and a depression. Two large weather systems are facing. We must pass between the two to reach the east coast of the Atlantic. This passage is really double or nothing. The anticyclone and depression suck to them all air around. There is an area with no air in between. If you go above this area you have wind. Below, also. In the middle, woe to you, there not a breath of air will come to your rescue before long. Vicky, our skipper, is The weather expert among the skippers of the Transat. She explains everything. She draws for us the position of the two weather systems on the whiteboard, the position of our boat as well as the ones of our main competitors. Whatever happens we have to cross, no way around. She offers us a way point. Anything can happen, but she is confident. However she warned us that everything would be played that night. If we do not pass we can be stuck for days.

The night begins to fall and the wind drops. When we go to bed we are already using a code 0 (the largest spinnaker). At the end of our watch off when we go up on deck, it is total absence of wind. It is dark night and no air on the horizon farts. The boat has never been so still. We change sail to Windcatcher. An even lighter sail than all the sails I've never seen. It looks like a giant kite. It can be use only when desperate because it is very thin and can break at the slightest rise. One might think that we are alone in the world without any noise but unfortunately not. The lack of wind violently beat the mainsail. It is not stable because the slightest whirlwind snaps. The balm is not moving but the sails of 400m² oscillate in violent jolts. The perpetual noise of the mainsail flapping quarter our pace and swung the boat keel. I'll be designated to try to trim the Windcatcher as an expert in spi trimming. This is my first time and given the total absence of wind, I found myself a bit lost not really knowing what to do.

From second to... last

Version Française

Après environ une semaine de navigation, nous sortons du courant plein d'iceberg en provenance du Labrador/Groenland. Nous ne croisons plus le golfe stream mais la température remonte un peu et la hauteur de la houle diminue. Comme expliqué dans un précédent article, il y a 3 façons de gagner des points sur cette course. Et nous remportons notre premier point à mi-course en étant en seconde position. Seuls le premier et le second remportent des points à mi-parcours. Nous sommes fiers de notre performance. Notre concentration permanente et notre engagement total ont sans doute porté leurs fruits. Afin de supporter la concentration intense et les efforts physiques j'ai adopté une stratégie. Nous n'avons que 4h ou 6h entre chaque quarts pour la toilette, se changer, dormir, manger et nous détendre. J'optimise dans un premier temps au maximum mon temps de sommeil. Dès que j'ai fini de manger je me rue sur ma couchette pour tenter de dormir. Je suis la seule à le faire. La fatigue aidant, et donc les nerfs cédants, je perds peu à peu la facilité à m'endormir. Rapidement j'entends les autres venir se coucher après moi et rigoler et papoter à mes côtés alors que j'essaie de m'endormir. Cela m'agace fortement, je me demande pourquoi ils ne restent pas dans le carré pour parler.

Puis au bout de quelques quarts, je me rends compte que j'ai fait une erreur tactique. Ces moments avant de se coucher sont les rares où l'on peut discuter et échanger en toute liberté. Ce sont nos rares moments privilégiés en tant qu'équipage. Et au final, depuis que je suis arrivée, je n'y participe pas! Il n'échange que très peu entre eux sur le pont, mais le moment de se coucher, ils libèrent la tension et rigolent de tout et de rien. Cela ne dure pas très longtemps mais ils relâchent sans doute la pression accumulée. De mon bord de couchettes, je suis la seule non "round the worlder". J'imagine que c'est une sorte de rituel qu'ils ont développé au cours de cette année à faire le tour du monde. Et sans le savoir, je m'étais exclue de cette tradition.

From second to... last

Après le passage de ce portique virtuel à mi distance, nous allons être confronté à un passage entre un anticyclone et une dépression. Deux gros systèmes météo se font face. Nous devons passer entre les deux pour atteindre la côte est de l'atlantique. Ce passage est vraiment quitte ou double. Les deux anticyclones et dépressions aspirant à eux tous les airs alentours, il y a une zone sans air entre les deux. Si vous passez au-dessus de cette zone, vous avez du vent. En-dessous, également. Au milieu, malheur à vous, car là pas un brin d'air ne viendra à votre rescousse avant longtemps. Vicky, notre skippeuse, est l'expert météo parmi les skippers de cette transat. Elle nous explique tout ça. Elle nous trace la position de ces deux systèmes météo sur le tableau blanc, la position de notre bateau ainsi que celle de nos principaux concurrents. Quoiqu'il arrive nous devons traverser, pas moyen de contourner. Elle nous propose un point de passage. Tout peut arriver mais elle est confiante. Elle nous averti cependant que tout peut se jouer cette nuit là. Si on ne passe pas on peut rester bloquer des jours.

La nuit commence à tomber et le vent faibli. Lorsque nous allons nous coucher, nous sommes déjà passé au code 0 (le plus grand spinnaker). A la fin de notre quart off, lorsque nous remontons sur le pont, c'est l'absence de vent la plus totale. Il fait nuit noire et pas un pète d'air à l'horizon. Le bateau n'a jamais été aussi immobile. On est passé du code 0 au windcatcher (attrapeur de vent). Une voile encore plus légère que toutes les voiles que je n'ai jamais vues. On dirait une voile de kite géante. Elle ne peut être sortie qu'en cas désespéré vu qu'elle est très fine et pourrait se briser à la moindre risée. On pourrait croire qu'on est seul au monde sans le moindre bruit mais malheureusement non. L'absence de vent fait battre violemment la grand voile. Elle n'est pas stable car le moindre petit tourbillon la fait claquer. La baume ne bouge pas mais les 400m² de toiles oscillent par à-coups violents. Le bruit perpétuel de cette grand voile qui claque rythme notre quart et fait osciller le bateau sur la quille. Je vais me retrouver à tenter de régler le windcatcher étant identifiée comme experte au réglage de spi. C'est ma première et vu l'absence totale de vent, je suis perdue ne trouvant pas vraiment quoi faire.

From second to... last

Au final, on me laissera aux réglages en binôme avec notre watch leader à la barre quasi tout le quart, les autres tentant de faire la gite regroupés au niveau des haubans. C'est alors que je me rappelle ce que m'avait expliqué team winds sur le vent léger. En théorie, moins il y a de vent et plus il faut augmenter la voilure. C'est une règle et comme toute règle il y a une exception. L'exception est quand il n'y a absolument plus de vent. Si vous relachez complètement votre voile, le peu d'air qu'il y a n'aura jamais la force de faire le tour de votre voile bombée et votre bateau n'avancera pas. Il faut alors retendre la voilure tout en étant à pleine voilure. Au lieu de se perdre dans les courbes, vos rares brins d'air peuvent éventuellement se trouver accéléré et initier le mouvement du bateau. Je propose cette option à la watch leader et je rajoute qu'au pire ça évitera de faire claquer la grand voile et de l'endommager. Elle est ok avec ma proposition vu que de toute façon ce que nous faisons ne fait pas avancer le bateau. Je reprends alors de la bordure de grand voile. N'étant pas vraiment à l'aise avec l'équipage ni confiante à 100% dans ma proposition, je n'en reprends pas beaucoup et l'effet sera négligeable. Etant donné que c'est ma première proposition, j'ai peur de me tromper et qu'on ne m'écoute plus du tout par la suite...

Quand Vicky nous rejoint, notre watch leader lui fait part de notre action, Vicky n'est pas convaincue mais voit bien qu'on a pas repris tant que ça de bordure et du coup nous laisse avec ce pseudo réglage. Le quart est interminable vu qu'on n'avance pas. Je vais faire cette nuit là cependant une belle découverte. Depuis quelques quarts, lorsque je pompe aux toilettes, je vois comme des points phosphorescents. Je me dis alors que mes yeux commencent à déconner et l'attribue à la fatigue. Il n'en est rien. Alors que nous serons à la gite, je vais observer ces points lumineux sur l'océan lui-même. Il s'agit de plancton phosphorescent. Il y en a partout. Il illumine la surface de l'océan à perte de vue et vient lécher la coque de notre bateau. Avec ce ciel étoilé complètement dégagé, c'est une expérience extraordinaire. Peut-etre même la plus mémorable de cette aventure avec la navigation entourée de baleines.

From second to... last

Nous allons passer en tout près de 48h sans bouger. Notre trace GPS fait peur, elle donne l'impression que nous tournons en rond. On ne peut rien faire car sans air impossible de sortir de la zone. Tous nos concurrents les uns après les autres s'en sortent mieux que nous. Ils passent soit juste au nord soit juste au sud mais aucun ne subit ce que nous endurons. Deux nuits pleines et une journée entière à quasi reculer. On guette l’horizon à la recherche de la moindre risée mais rien n'y fait. Le watch leader de l'autre quart montera même au mat en quête de la moindre possibilité mais rien. Rien du tout. Le hasard (ou pas d'ailleurs) voudra que ce soit pendant ces 48 heures là que le banc de baleine nous tienne compagnie. Les deux fois aux alentours de midi, là où les deux quarts peuvent en profiter. Cela permet de détendre l'atmosphère et de clairement faire passer le temps!

Ce jour là, Vicky nous lira un petit message de la part d'Eric Holden, leader de la course. "Cher team Switzerland. Nous avons fait une nuit sans performance et nous craignons d'être les seuls. Alors que nous aussi nous galérons au sein de ce trou de vent, quelle n'est pas notre surprise à l'annonce journalière des positions de la flotte. Nous découvrons que certes nous avons été mauvais, parmi les plus mauvais, mais nous ne sommes pas les derniers. Team Switzerland a fait pire que nous. Nous avons reculé mais vous avez encore plus reculé que nous. Alors je tenais à vous dire merci car vous nous avez fait nous sentir un peu moins nuls!" Ce ne sont pas ses termes exacts mais l'idée est là. Il a bien raison. Malgré les mesures et théories de Vicky, nous sommes passés pile poile là où il ne fallait pas et nous nous retrouvons bons derniers et scotchés dans ce trou de vent. Non seulement on s 'est fait doublé mais on accumule du retard le temps de sortir de cette zone! Un retard que nous ne pourrons rattraper et nous le savons.

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