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Peaks and valleys

Publié le par Helene Bourdon

Peaks and valleys

Version Française

C’est mon premier quart depuis mon burnout. Notre chef de quart est maintenant tenue de nous briefer en tant qu’équipe avant de monter sur le pont. On sent bien qu’elle n’a pas envie, ne sait pas quoi dire et le subit plus qu’autre chose. Elle va donc nous réunir avec le sourire à l’envers et aussi peu d’entrain qu’un cochon allant à l’abattoir. Je ne sais pas si ça booste qui que ce soit mais au moins elle obéit à Vicky. Peut-être qu’éventuellement ça éveillera une certaine prise de conscience chez elle. Au final, les briefings avant de monter sur le pont ne dureront pas plus que 4-5 quarts d'affilés. Elle finira par reprendre l’habitude de ne pas nous parler avant de prendre notre quart.

Je suis maintenant dans le roulement de navigateur. Je vais pouvoir enfin faire des routages, enfin c’est ce que je crois. Je vais vite être déçue. Le navigateur sur Switzerland est juste là pour remplir le journal de bord avec des logs toutes les 15-30 minutes, s’assurer que l’on suit bien le cap que Vicky a défini et qu’on ne rentre pas dans un obstacle. Cela créé une petite routine. A défaut de pouvoir tester en vrai mes compétences de routage développées lors de nuits sans sommeil à jouer à Virtual Regatta, je vais pouvoir y trouver un certain confort. Finalement, un bon rituel qui va bien ça fait du bien. Et le petit détail qui ne gâche rien, étant en binôme avec Selfy, nous ne nous croisons plus que lors du roulement.

Au changement de quart, on prend le feedback du quart d’avant : vitesse du vent, cap, vitesse du bateau, houle, météo et performances. On fait de même avec la relève mais en plus court. Ensuite toutes les 30 minutes max on remplit une ligne du journal de bord : vitesse du vent, cap compas, cap GPS, houle, log, couverture nuageuse, voilure, évènements... En plus de cela, on doit calculer les stats par barreur. Cap sur les 30 dernières minutes. Vitesse vs vitesse du vent, régularité… On vient les annoncer à l’équipage sur le pont tous les quarts d’heure. Je me sens bien plus utile et à ma place. Je suis dans l’obscurité au milieu de plein d’outillages et je me sens bien. Je me retrouve à faire des maths et de la science comme lors de ma thèse. Je suis aux anges. Monter sur le pont annoncer les stats qui sont attendues de l’auditoire me donne presque le sentiment d’être acceptée. Et mine de rien, si on s’amuse à faire quelques calculs (qui ne serviront à rien je sais) et qu’on fait attention à tous les instruments, on a quasi pas le temps de s’ennuyer. C’était une très bonne idée de la part de Vicky !

Peaks and valleys

Le seul petit hic concernera le relais avec Selfy. Sans grande surprise, elle sera de nav la nuit quand il fait froid, elle sera sur le pont au levé ou au coucher du soleil,… Et surtout elle ira et partira sans communiquer. Elle décidera toute seule et je devrais être à l’affut pour savoir si c’est à moi ou à elle. Elle m’ignore et m’évite, je ne peux pas vraiment combler son manque d’empathie et forcer la communication. J’en parle à Robin pour savoir comment il gérait. Il me confirme qu’elle s’octroie d’office les meilleurs postes en fonction du moment et que faut juste imaginer où il fait mieux être et anticiper que par défaut on a l’autre poste. C’est bien évidemment sans grande surprise de la part de Selfy. Mais je m’en fous, je suis bien dans ma grotte et tant que j’arrive à y aller au moins 50% du temps ça me va. Je ne suis plus sur le pont à subir l’ambiance générale. Je suis seule avec moi-même et ça fait du bien un peu d’intimité !

Lors des changements de quart je me retrouve à discuter avec Richard B. Il est très gentil, aime la voile et est vraiment quelqu’un que j’apprécie sur ce bateau. On fait des plans sur la comète sur l’arrivée à Derry, le contournement de l’écosse… Il me parle de ses expériences de marin chevronné. Ça me donnerait presqu’envie de rester. J’ai presque des regrets. J’aurais tellement aimé être bien sur ce bateau. Ne pas avoir eu tous ces coups de mous et de bâton. Voir peut-être également ne pas avoir donné le bâton pour me faire battre à différentes occasions à mes persécutrices dans certains cas. Mon chef de quart commence à me parler. On fait même un moment potin à l’arrière du bateau. On raconte ce qu’il se passe aux ports. Elle me parle de son copain qui est sur un autre bateau et qui fait le tour du monde comme elle. C’est comme ça qu’ils se sont rencontrés. C’est facile et ça rend l’aventure plus humaine. Mais pourquoi ça n’a pas eu lieu avant ? Est-ce moi ou les autres ? Un peu des deux surement.

Peaks and valleys

Vicky a également instauré des moments de convivialité entre les quarts du midi. Comme déjà évoqué nous allons faire des jeux où les deux quarts s’affrontent sur des épreuves. Ce sera marrant mais au final on ne le fera qu’une fois. On va se présenter les uns aux autres. De manière tout à fait logique, vu que je suis la seule que personne ne connait, je dois passer au premier tour. Et ben en fait non. Je suis prévue mais Wim et Richard font le show en premier. Mon temps est écoulé. Lorsque c’est enfin mon tour et que je me lève et ouvre la bouche, Vicky me coupe la parole sans égards et enchaine sur son programme. Même pas un mot pour s’excuser ou tout simplement me dire de m’assoir. Au final je me présenterai 2 jours plus tard, deux jours avant l’arrivée et donc 14 jours après notre départ. Bref. Qu’importe, je suis enfin en paix avec moi-même. Je m’amuse à la navigation et je barre un peu, mes deux passions.

La course va être raccourcie. Et oui, le festival qui nous attend à Derry a commencé. Nous sommes samedi. Ils nous attendent. Il n’y a plus de vent. Aucun vent, pétole pour les jours à venir. Si nous continuons comme ça, il nous faudra encore des jours pour arriver. Le comité de course a pris une décision. La course s’arrête ce soir à 20h. Le classement sera défini en fonction de la distance par rapport au point d’arrivée. Il reste quelques heures de course et les positions sont bien établies.

Le classement restera tel qu’il est: 9ème c’est pas si mal. Arès notre surplace, nous avons finalement réussi à remonter 3 bateaux c’est déjà ça ! 20h. Le coup de « sifflet » tombe. Nous ne sommes officiellement plus en course. Il est l’heure d’allumer le moteur. Fini la tranquillité de la mer et du vent dans les voiles. Fini le doux son de l’étrave qui fend l’océan. Fini les baleines et les dauphins qui jouent avec nous. C’est l’heure du diesel et de son vacarme. Ce que je vais découvrir c’est qu’en prime d’être sur la banquette sans rangement, nous avons hérité avec Bitchy de la banquette sur le diesel. Et quand je dis sur c’est bien dessus. Une minuscule cloisons nous isole des machines. De manière complètement inattendue, je vais réussir à dormir dans ce vacarme. Le fatigue doit aider ainsi que les « douces » vibrations du moteur qui me bercent dans ma couchette.

Peaks and valleys

Je vais apprendre quelque chose. Barrer un bateau de ce poids sans voile et juste au moteur s’avère quelque chose de très compliqué. Je ne l’avais jamais envisagé. Un bateau toilé prend le vent tel un avion. Le vent aspire le bateau et le garde dans son cap. Si les voiles et le bateau sont bien équilibrés, il n’y a quasi rien à faire. Dans des cas de bonne maitrise, il est même possible de manœuvrer son bateau uniquement avec les voiles sans se servir des safrans. On peut faire virer un bateau en bougeant uniquement le palan de grand-voile.

Lorsque l’on est au moteur, c’est une autre histoire. Même avec une voile centrée par exemple, le bateau prend le vent en vent arrière. Même si la voile nous aide au près, le fait qu’on ait pas de voile d’avant déséquilibre, on pivote autour de l’axe de grand-voile. Le bateau devient « vivant ». Naturellement elle veut se mettre dans l’axe du combo direction-vent afin d’offrir le minimum de résistance. Il faut en permanence corriger à la barre. Là où à la voile je maintiens un bon + / - 5° au cap compas, au moteur je me bats pour tenir un + / - 10° et surtout faire le bon cap. Selfy viendra plusieurs fois me dire que je ne suis pas au cap GPS. Et oui, le cap GPS est la résultante de toutes ces oscillations et en moyenne je ne suis pas au bon cap au final de quelques degrés. Je tire à gauche ;) Je le sais mais que ça vienne d’elle m’insupporte. Elle sera gentiment accueillie avec un « yes » les dents serrées et un regard voulant dire « dégage ».

Mais bon comme tout le monde, je veux rentrer au plus tôt et ne pas perdre des heures bêtement en n'allant pas tout droit. Nous voilà donc en route pour 2 jours de moteur sans discontinuer. Sur ces derniers jours avec Robin on va en profiter pour barrer tant et plus et nous amuser. J’ai hâte, plus que 2 jours, je compte les heures.

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