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Terre!

Publié le par Helene Bourdon

Terre!

Version française

La course est finie et nous sommes au moteur. Il n’y a plus grand-chose à faire sur le pont. Nous décidons donc de commencer le grand nettoyage pendant ce temps-là. L’objectif est d’être quasi tranquille à l’arrivée à Derry. Nous allons commencer par les réserves de nourriture. Nous allons trouver toute une cargaison d’oranges périmées. On a oublié de les manger et beaucoup d’entre elles sont très ou trop abimées. Nous allons les mettre dans un seau pour les jeter par-dessus bord. Ce n’est pas idéal de jeter des agrumes mais là ça devient nauséabond. J’aurais été sur mes « petits » bateaux j’aurais incendié le skipper « les agrumes ça se désagrège pas dans l’eau, c’est comme les peaux de banane, interdit de jeter à l’eau » Comme l’avait dit Jacky, mon moniteur des Glénans en Irlande , tout ce qui ne vient pas de la mer, la mer le digère pas donc niet ;) Au final, nous allons nous prendre un fou rire en balançant ces oranges. On fait des concours de tir d’orange par-dessus bord. Vicky se joint à nous. On balance tout ça de toutes nos forces et on rit. On rit très fort, on relâche enfin les tensions accumulées. C’est fini, on trace tout droit, fini la vigilance sur tout et tout le temps, les changements de voile, les consignes interminables et les prises de tête.

On va quasi tout ranger ou nettoyer et ce ne sera pas à l’aide de nos petits copains de l’autre quart qui ont plutôt l’air de n’avoir pas trop aidé entre deux quarts vu qu'on retrouve le bateau comme on l'a laissé en fin de quart. En rangeant, je vais découvrir des choses dans des poches au-dessus des réserves de nourriture. Je vais en effet nettoyer un endroit qui n’a pas été nettoyé depuis plusieurs mois puisque j’y retrouve les chaussures perdues d’un membre de la course Sydney-Hobart ! Greg sera quelque peu agacé, cela veut dire que personne n’a jamais vraiment nettoyé la zone de réserve de nourriture ce qui est plus que moyen. Et oui si la nourriture devient avariée, on est mal barré car pas de ravitaillement possible en cours de route ! Mais heureusement seules les oranges y sont passées. Les patates douces et les pommes ont survécu jusqu’à l’arrivée !

Terre!

De ce temps libre, Vicky en profite pour organiser des debrief par quart. C’est l’occasion de revenir sur ce qu’il s’est passé et dire les plus et les moins. Selfy prend des notes. Richard G est mother ce jour là, il fera son debrief à posteriori avec Vicky. Nous avons quelques heures pour nous préparer. Je ne sais pas trop jusqu’où je vais aller. Il ne reste qu’une nuit, je n’ai plus grand-chose à craindre. Qu’est-ce que je peux dire de constructif ? Comment vais-je formuler cela pour que le message passe ?

Robin commence avec le fait que l’intégration est catastrophique et que les taches ne sont pas bien réparties. J’en rajoute une couche et évoque que notamment les ordres de Freaky ne sont pas forcément toujours bienvenus et sont plutôt perçus comme des corvées. C’est là qu’à ma grande surprise je me fait moucher par Gordon. Pour lui les roulements ne sont pas des corvées et Freaky était en droit de nous donner des ordres vu que c’était son rôle. Il reconnait néanmoins qu’on aurait peut-être du repréciser le rôle de Freaky en cours de route vu qu’à priori ce n’était pas clair pour tout le monde. Freaky en rajoute une couche en disant que c’était pénible pour elle de devoir nous dire quoi faire en permanence et que ça aurait du être naturel chez nous.

Ce qui est marrant c’est qu’ils n’ont pas compris mon point. Faire des roulements est une évidence. Les faire quand on nous aboie dessus en nous ôtant la liberté de décider entre nous ce qu’on a envie de faire à ce moment-là est justement ce qui rend la chose pénible. Je pense que sans son obsession du contrôle, on aurait trouvé notre rythme et ça se serait bien mieux passé. Bref on est pas aligné et on cherche pas à se comprendre encore une fois. Je n’insiste pas en me disant que c’est peine perdue et qu’au final bah ça ne sert plus trop à grand-chose de me battre. Il n'y a même plus de nouvelle manche où quelqu'un pourrait souffrir de la même façon que moi. Plus rien à sauver.

Wim quant à lui dit que l’intégration était super et que tout était parfait. Forcément quand on est le chouchou de Freaky ça aide :) A la fin de ce tour de debrief aucune conclusion n’est tirée. Robin demande alors à Selfy de nous résumer ses notes et ce qui a été retenu. Elle va nous sortir sans aucune honte qu’elle a retenu deux choses : il faut bien préciser que c’est Freaky qui dirige (et non la watch leader ?!) et que l’intégration s’est bien passé. On a pas du entendre la même chose. Bref aucune remise en question encore une fois et aucune empathie. Bon allez plus qu’une nuit, plus qu’une !!

Terre!

On s’approche. La terre devrait bientôt être en vue. Un oiseau se pose sur notre pont. On est tous à fond. Le premier visiteur est déjà là pour nous accueillir. Tout le monde est excité. On va le prendre en photo sous toutes les coutures et lui donner à boire. On est pas au cap horn et donc ce n’est pas un albatros. Nous sommes en Irlande après 16 jours en mer et ça me va bien aussi. Je ne m’imagine pas au milieu des 40ième rugissants et loin de tout pendant encore plus longtemps. Les albatros font un effet bœuf aux marins. J’ai lu plusieurs livres de navigateurs et tous parlent avec passion de ces animaux qui vous rejoignent au milieu de nulle part. Je comprends enfin la sensation. Étant une petite joueuse, une mouette équivaut bien à un albatros. Vous n’avez qu’à voir le regard de François Gabart avec son premier albatros pendant le Vendée Globe, c’est magique, un vrai gamin. Du coup cet oiseau, on va le chouchouter. Il restera quelques heures avec nous tranquillou posé sur les drisses en pied de mat.

La terre devrait être en vue pendant notre quart. On est lundi matin. Il n’y a d’ailleurs plus vraiment de quart vu que l’arrivée est prévue lundi après-midi. Richard G est à fond ainsi que Sam. Ils sont tous les deux natifs de la région de Derry.

Ça y est on aperçoit l’Irlande. Comme dans Asterix et Obelix on crie «Terre! ». Je la regarde longuement. Elle est là. Bien là. Je reconnais ses formes. J’y ai navigué il y a quelques années. Elles sont sauvages et si belles. Ce petit bout de terre mêlant falaise et verdure est là. Bien là. Enfin terre, bientôt la fin de cet enfer. Richard prend la barre et je prend plaisir à lire la joie sur son visage. Il est fier d’être dans son pays natal. Il est beau sur ce bateau avec ce regard. La joie de Sam et Richard me remplit de bonheur. J’en oublie presque le mien.

Nous longeons le nord ouest de l’Irlande puis le nord pour arriver à l’embouchure de Derry. C’est magique. Que c’est beau le vert après 16 jours de bleu et de gris. Mais nous n’allons pas rentrer de suite. Ils veulent que l’on fasse un cortège avec les autres bateaux.

Terre!
Terre!

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