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This is the end

Publié le par Helene Bourdon

This is the end

Version française

Nous y sommes, nous voyons les côtes. Nous allons attendre quelques heures que 2 autres bateaux arrivent également. Nous faisons des ronds dans l'eau. Pendant ce temps là j'en profite pour appeler Pat. Elle est super ravie que je l'appelle, toute enthousiaste mais je rabaisse vite sa joie. J'ai besoin qu'elle me trouve un billet d'avion retour depuis Belfast ou Dublin au plus vite. Je veux rentrer. J'ai pensé tout de suite à elle et Emilie pour faire le job, mes deux globes trotteuses et amies :) Pat a été la première à répondre. Elle va me trouver un retour depuis Dublin et un bus pour aller à Dublin airport dès le mercredi. Nous sommes lundi. C est bien, ça me laisse le temps de faire la soirée de remise des prix du mardi soir et le deep clean. Je n'aurais rien à me reprocher car j'aurais aussi nettoyé jusqu'au bout.

Vicky fait un dernier brief. Elle nous indique où nous retrouver pour le verre de l'arrivée vers 20h le soir même. Elle fait l'annonce des départs. Selfy quitte l'aventure à l'arrivée ainsi que Chris. Nous sommes au final 3 à partir dès Derry et ne pas continuer jusque Den Helder ou Londres. 1 semaine de rien (pas de navigation ou de team building) puis 4 jours de navigation puis re 1 semaine de rien et 1 jour de navigation jusque Londres. Il n'y a pas que moi que ça a découragé. D'ailleurs j'apprendrai plus tard que sur le bateau en face de nous au ponton, 6 personnes sur 18 vont quitter l'aventure également!

This is the end

Nous rentrons donc en cortège, il est environ 16h. Première terre et déjà des irlandais sont là à nous acclamer. Ca fait bizarre de voir des gens nous célébrer tels des héros et je n'ai encore rien vu. Ils nous applaudissent, crient et sourient. De nouveaux êtres humains, c'est dingue ce que c'est chaleureux. J'ai envie de pleurer. Il ne fait pas beau, on est un lundi après-midi et ils sont là, ne nous connaissent pas mais saluent notre performance. Plus nous allons nous rapprocher du port et du lieu du festival et plus ils seront nombreux. Plein de drapeaux, d'applaudissements et de joie. C'est beau. Je pleure et ne suis pas la seule. Nous les saluons et agitons nos drapeaux. Pour l'occasion, la tenue d'équipe est de rigueur, imposée des chaussures à la casquette. C'est la première fois depuis New-York où nous sommes accoutrés de la sorte et aussi beaux. :)

J'ai l'impression que rien que pour ce moment cela vallait le coup. Je l'ai fait bordel. J'ai traversé l'atlantique dans des conditions de malade avec 22 inconnus. Je me suis surpassée et je rencontre enfin des gens qui savent l'apprécier et saluent sincèrement notre performance. C'est bouleversant. Pour la première fois je n'ai pas honte de pleurer. Ca fait du bien, une délivrance dans un tel moment de joie c'était inimaginable. Un grand moment. Avec le départ devant la statue de la liberté et la navigation au milieu d'un banc de baleine, c'est mon top 3.

This is the end

Arrivée à quai, la maire de Derry vient nous féliciter chaleureusement. On fait quelques photos d'équipage. On est enfin libre. Enfin presque, il ne reste plus qu'à passer la douane. A peine le pied posé sur le ponton on nous file des sodas et une bière chacun, on est en Irlande du nord tout de même. Je suis le mouvement, on me donne mon passeport. J'arrive au niveau des douaniers. Ils me font une blaguent et me disent que c'est sérieux et que je ne devrais pas être en train de boire une bière pendant mon passage de frontière. Je suis tellement à l'ouest que je ne la saisie pas et suis à deux doigts de la verser dans la mer. Mais heureusement ils m'arretent à temps, me sourient et me font une tape amicale.

Après la douane nous nous devons de sortir des pontons et nous mêler à la foule. Oui la foule. Ils sont là, tous là. Les locaux, les amis et la famille de tous mes coequipiers et de ceux des autres bateaux. Moi je suis seule. J'ai un bref espoir que mes amis m'ont fait une surprise et seront bien là en fait. Je les cherche, je suis impatiente et enthousiaste. Mais non, je me sens bête. J'ai tellement besoin d'eux. Mais je dois sortir dans la foule, on a pas le choix. Au final, je vais prendre un bain de foule et me faire taper dans le dos de symapthie par plein de gens. Ca fait quand même du bien. Mais après quelques mètres, je me rends à l'évidence. Ma seule maison pour le moment est le bateau, je n'ai nulle part ailleurs où aller. Une fois la cohue passée, je retourne donc sur le bateau me changer. Avec toutes ces formalités, il n'est pas loin de l'heure du rendez-vous pour le verre final.

This is the end

Je ne prends pas le temps de me laver croyant que ne pas avoir le temps. En plus je ne trouve pas les sanitaires que Vicky nous a annoncé. J'en trouve vaguement 2 sur les pontons mais c'est tout, ceux indiqués plus loin sont tous fermés. Pas de marina en vue. Pas grave, je marche loin jusqu'au bar de la "victoire". J'arrive seule. En fait, ils sont tous allés à leur hotel se changer et se laver, logique. Une des filles a une maison qu'elle a loué et la partage avec pas mal de membres de l'équipage. Seuls Richard G et moi dormont sur le bateau. La soirée se passent comme la transat. Je ne me sens pas forcément à ma place et ne sait pas trop avec qui discuter. Je n'ai juste pas envie. Je suis à bout et n'ai pas la force de faire semblant plus longtemps. Je ne veux pas gacher le plaisir de Ed ou Richard qui passent un si bon moment. Je ne veux pas le leur voler :) Je passe donc la majorité de la soirée avec Malcom et sa femme qui sont toujours aussi chaleureux et enthousiastes. Ils sont très gentils et me ramèneront même en voiture au bateau.

Je cherche encore les sanitaires et ne les trouvent pas. Je suis si fatiguée et j'aimerais tellement une bonne douche. Personne ne sait où sait. Les deux sanitaires (un homme et un femme) sont pleins. Je pleure. Le vigile des pontons prend pitié et m'ouvre le sanitaire handicapé. Je peux enfin me détendre sous une douce chaude et me voir dans une glace. Ca fait peur mais c'est pas grave. Je peux aller me coucher sereinement. Demain je n'ai rien à faire à part nettoyer, célébrer et me préparer à rentrer.

Au réveil, nous allons prendre un bon café avec Richard. Il est bienvenu. Je vais y passer pas mal de temps vu que le wifi n'atteint pas notre bateau au bout du ponton. Je reprends contact avec le monde extérieur. Coup de fil au parent, messages de sympathie des amis et de la famille.

This is the end

Le nettoyage final est assez rapide, je le passe avec Chris pour profiter des derniers moments en sa compagnie. Nous faisons la "super vaisselle" et re-nettoyons tout à l eau clair (première fois depuis le départ). En sa compagnie c'est un plaisir et je retrouve de nouveaux moments de joie. Chris a une bonne idée, ils nous fait poser avec Vicky pour célébrer les 3 vies que j'ai pu sauver grâce à tout ça. Très bonne idée. 3 vies et même 4 dans les mois qui suivront grâce encore à ma compagnie qui me récompensera d'un award de "volontaire". C'est ce que j'écrirai dans mon message d'adieu à l'équipage. Rien que pour ça ça vallait le coup! Ce n'est pas souvent qu'on a ce genre d'occasions! :)

Une fois fini, je pars annoncer aux bureaux de la Clipper mon départ et récupère mon passeport. J'en profite pour visiter la ville l'après-midi. Après 2h de marche je suis épuisée. Et oui, je n'ai pas marché depuis 16 jours! La ville a beaucoup souffert et la visite est très intéressante.

Le soir, à la remise des prix, j'en profiterai pour revoir mes amis de training (Morgen, Deb ou Emma), danser un rock avec Chris ou parler avec Greg ou l'autre Chris avec qui j'avais sympathisés mais qui n'étaient pas de mon quart. Une bien belle soirée de fin. En rentrant, au final, malgré l'épuisement, je ne vais pas dormir. Mon bus pour Dublin est à 5h, j'ai trop peur de le louper. Au final, j'aurais mon bus, un avion avec 3h de retard à cause des grèves de controleurs en France et une personne qui sera venue me chercher à l'aéroport.

Je suis enfin chez moi. Seule avec mon lit et mon wifi. Contre toute attente, je ne vais pas dormir plusieurs heures d'affilées et ne le ferai jamais. Cette expériene fut une brèche temporelle et mon corps a retrouvé le rythme dès le retour. Le vendredi, 1 jour après en fin de compte, j'étais de retour au travail et j'allais à Swindon dès le lundi au plus grand plaisir de mon chef. La vie a repris son cours mais j'étais définitivement changée!

Ceci est l'avant dernier post, un beau final vous attend. Là j'embarque pour New-York un 4 juillet, de quoi avoir le temps d'écrire un bel épilogue avec une fin heureuse :)

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